SES · Terminale
Les inégalités et la justice sociale
On sait distinguer les formes d’inégalités et les mesurer. On relie justice sociale, redistribution et action publique pour rédiger une réponse solide.
- Définir les inégalités économiques, sociales et leurs effets cumulatifs.
- Utiliser les outils de mesure : médiane, rapport interdécile, courbe de Lorenz, coefficient de Gini.
- Expliquer les principes de justice sociale : égalité des droits, des chances et des situations.
- Analyser les moyens et les limites de l’action publique contre les inégalités.
Comprendre les inégalités sociales et économiques
Une inégalité désigne une différence d’accès à une ressource socialement valorisée. Cette ressource peut être économique, comme le revenu ou le patrimoine. Elle peut aussi être sociale, comme le diplôme, la santé, le logement, le pouvoir politique, le temps libre ou l’accès à la culture.
Toute différence n’est pas une inégalité. Une différence devient une inégalité quand elle donne un avantage ou un désavantage dans la vie sociale. Avoir des goûts musicaux différents ne produit pas forcément une hiérarchie. En revanche, ne pas avoir accès à une formation reconnue limite les chances d’obtenir un emploi stable. Il y a alors inégalité.
En SES, on distingue souvent les inégalités économiques et les inégalités sociales, mais elles sont liées. Un revenu faible peut limiter l’accès à un logement de qualité, à des soins, à des loisirs ou à des études longues. À l’inverse, un diplôme élevé peut faciliter l’accès à un emploi mieux rémunéré. Les inégalités se cumulent donc souvent.
| Notion | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Revenu | Flux de ressources perçues pendant une période. | Salaire, pension, prestation sociale. |
| Patrimoine | Stock de biens possédés à un moment donné. | Logement, épargne, terrain. |
| Inégalité sociale | Accès inégal à une ressource valorisée dans la société. | Inégalités de réussite scolaire selon l’origine sociale. |
| Discrimination | Traitement défavorable fondé sur un critère illégitime. | Refuser un emploi à cause du sexe, de l’origine ou du handicap. |
| Justice sociale | Ensemble des principes qui définissent ce qu’une société juge juste dans la répartition des ressources et des droits. | Débat sur la redistribution, l’école, la fiscalité. |
Mesurer les inégalités sans confondre les indicateurs
Les inégalités se mesurent avec des outils statistiques. Il faut toujours repérer ce qui est comparé, la population étudiée et la ressource observée. Un indicateur sur les revenus ne dit pas la même chose qu’un indicateur sur le patrimoine. Une moyenne peut aussi masquer de fortes différences internes.
Les principaux repères à maîtriser
- La moyenne mesure une valeur globale répartie fictivement entre tous les individus. Elle est sensible aux valeurs extrêmes.
- La médiane partage une population en deux groupes égaux. Une moitié est au-dessous, l’autre au-dessus.
- Les déciles divisent une population en dix groupes de même taille, après classement selon une variable.
- Le rapport interdécile compare le haut et le bas de la distribution. Il se calcule souvent avec D9 divisé par D1.
- La courbe de Lorenz représente la concentration d’une ressource. Plus elle s’éloigne de la diagonale d’égalité, plus la concentration est forte.
- Le coefficient de Gini synthétise le degré d’inégalité. Plus il est proche de l’égalité parfaite, plus la distribution est égalitaire.
Attention aux formulations. Dire que les plus riches ont un revenu plus élevé ne suffit pas. Il faut préciser l’écart, le type de revenu, la période et la population. Une copie solide transforme une observation en interprétation sociologique.
Exemple traité pas à pas
On étudie une situation fictive avec quatre ménages. Leurs revenus mensuels avant redistribution sont les suivants : 1 000, 1 500, 3 000 et 4 500.
- Calculer le revenu total : 1 000 + 1 500 + 3 000 + 4 500 = 10 000.
- Calculer le revenu moyen : 10 000 divisé par 4 = 2 500.
- Mesurer l’écart entre le plus haut et le plus bas revenu : 4 500 divisé par 1 000 = 4,5. Le revenu le plus élevé est donc 4,5 fois supérieur au revenu le plus faible.
- Appliquer une redistribution fictive : le premier ménage reçoit 500, le deuxième reçoit 300, le troisième verse 300, le quatrième verse 500.
- Observer les revenus après redistribution : 1 500, 1 800, 2 700 et 4 000.
- Vérifier le revenu total : 1 500 + 1 800 + 2 700 + 4 000 = 10 000. Le total n’a pas changé.
- Comparer le nouvel écart : 4 000 divisé par 1 500 = environ 2,67.
Conclusion : dans cet exemple, la redistribution réduit les inégalités de revenu. Le revenu moyen reste identique, mais l’écart entre le revenu le plus élevé et le revenu le plus faible diminue. On voit donc qu’une même richesse totale peut être répartie de manière plus ou moins égalitaire.
Pourquoi les inégalités se cumulent
Les inégalités sont rarement isolées. Elles forment souvent un système. Une inégalité économique peut produire une inégalité scolaire. Une inégalité scolaire peut produire une inégalité professionnelle. Une inégalité professionnelle peut ensuite renforcer une inégalité de revenu et de patrimoine.
L’origine sociale joue un rôle important. Les familles ne transmettent pas seulement de l’argent. Elles transmettent aussi des ressources culturelles, des habitudes de langage, des informations sur l’école, des réseaux et des ambitions socialement construites. Ces ressources peuvent faciliter la réussite scolaire et l’insertion professionnelle.
Le genre produit aussi des inégalités. La répartition des tâches domestiques, les normes sociales, l’orientation scolaire et les discriminations peuvent limiter les trajectoires professionnelles. Les inégalités entre femmes et hommes ne se réduisent donc pas à une seule cause. Elles résultent de mécanismes sociaux multiples.
Le lieu de résidence compte également. L’accès aux transports, aux services publics, aux établissements scolaires, aux soins et aux emplois varie selon les territoires. Une personne peut avoir les mêmes capacités qu’une autre, mais moins d’occasions concrètes de les utiliser.
Les discriminations aggravent ces écarts. Elles empêchent certains individus d’obtenir un bien ou une position malgré des caractéristiques comparables. Elles contredisent l’égalité des droits et l’égalité des chances. Dans une dissertation sur les inégalités et la justice sociale en SES, il faut donc distinguer les simples écarts, les inégalités cumulatives et les discriminations.
Les conceptions de la justice sociale
La justice sociale ne signifie pas seulement réduire toutes les différences. Elle renvoie à plusieurs conceptions de l’égalité. Ces conceptions peuvent se compléter, mais elles peuvent aussi entrer en tension.
L’égalité des droits
L’égalité des droits signifie que les individus doivent être soumis aux mêmes règles juridiques. Personne ne doit être traité différemment en raison d’un critère illégitime. Cette égalité est fondamentale, mais elle ne suffit pas toujours. Deux élèves peuvent avoir les mêmes droits à l’école, tout en ne disposant pas des mêmes conditions de travail à la maison.
L’égalité des chances
L’égalité des chances vise à permettre à chacun d’accéder aux positions sociales selon ses efforts et ses talents, et non selon son origine. Elle justifie des politiques comme l’éducation, les bourses, l’accompagnement ou la lutte contre les discriminations. Elle accepte certaines inégalités de résultats si la compétition est jugée équitable.
L’égalité des situations
L’égalité des situations cherche à réduire les écarts réels de revenu, de conditions de vie ou de statut. Elle justifie la redistribution, la protection sociale ou l’accès gratuit ou partiellement financé à certains services. Elle insiste sur les résultats concrets plutôt que sur le seul point de départ.
L’équité
L’équité consiste à traiter différemment des individus placés dans des situations différentes, afin de produire une justice plus réelle. Donner plus à ceux qui ont moins peut sembler inégal au départ, mais juste si cela compense un désavantage. L’équité ne s’oppose donc pas toujours à l’égalité. Elle peut être un moyen d’y parvenir.
Comment les pouvoirs publics peuvent agir
Les pouvoirs publics disposent de plusieurs instruments pour réduire les inégalités. Le premier est la redistribution. Elle repose sur des prélèvements obligatoires et sur des prestations. La redistribution verticale réduit les écarts entre ménages plus aisés et ménages plus modestes. La redistribution horizontale aide des individus confrontés à certains risques ou charges, par exemple la maladie, la vieillesse, le chômage ou la présence d’enfants.
La fiscalité peut aussi contribuer à la justice sociale, surtout quand elle tient compte de la capacité contributive. Un impôt progressif demande un effort plus important aux contribuables qui disposent de ressources plus élevées. Mais tout dépend de l’ensemble du système fiscal, pas d’un seul impôt isolé.
Les services publics jouent un rôle essentiel. L’école, la santé, les transports ou la justice peuvent réduire les inégalités d’accès. Ils ne donnent pas seulement de l’argent. Ils fournissent des biens et services qui améliorent les capacités d’action des individus.
La lutte contre les discriminations constitue un autre levier. Elle passe par des règles juridiques, des contrôles, des sanctions, mais aussi par des politiques de prévention. Elle vise à garantir que les individus ne soient pas exclus en raison de caractéristiques sans rapport avec leurs compétences.
Ces politiques ont aussi des limites. Elles coûtent des ressources collectives. Elles peuvent être contestées si certains les jugent injustes ou inefficaces. Elles peuvent produire des effets inattendus si elles sont mal ciblées. Une bonne analyse ne se contente donc pas d’opposer intervention publique et liberté individuelle. Elle étudie les objectifs, les moyens et les effets.
Méthode à appliquer le jour de l’évaluation
Commence par définir les termes du sujet. Pour un sujet sur les inégalités et la justice sociale, précise toujours la ressource étudiée : revenu, patrimoine, diplôme, santé, emploi, pouvoir ou conditions de vie. Distingue ensuite l’inégalité de la différence, puis relie la question à une conception de la justice sociale.
Construis une réponse en trois gestes simples. D’abord, constate l’inégalité avec un indicateur. Ensuite, explique ses mécanismes : cumul, origine sociale, genre, territoire, discrimination. Enfin, discute les moyens d’action : redistribution, services publics, fiscalité, protection sociale, lutte contre les discriminations.
Dans une étude de document, ne paraphrase pas. Prélève une donnée, reformule-la, puis interprète-la. Si un tableau donne des écarts de revenu, indique ce que l’écart révèle sur la répartition. Si un texte présente une politique publique, identifie la conception de la justice sociale qu’elle défend.
Dans une dissertation, évite le plan catalogue. Ne fais pas une partie sur les revenus, une partie sur l’école, une partie sur la santé sans lien logique. Préfère une progression : les inégalités sont multiples, elles se cumulent, les pouvoirs publics cherchent à les corriger, mais leur action soulève des débats.
Garde une phrase réflexe pour conclure une analyse : une société peut accepter certaines différences si elle les juge légitimes, mais elle doit interroger les inégalités qui bloquent l’égalité des droits, l’égalité des chances ou des conditions de vie jugées dignes.
Claire Fontanel
- Le piège : confondre différence et inégalité. Une différence devient une inégalité quand elle donne accès à des ressources socialement valorisées.
- Le piège : réduire les inégalités aux revenus. Il faut aussi traiter le patrimoine, le diplôme, la santé, le genre, le territoire et l’origine sociale.
- Le piège : citer la redistribution sans distinguer prélèvements et prestations. Il faut montrer comment l’État modifie la répartition primaire.
- Le piège : opposer mécaniquement efficacité et justice. Il faut discuter les effets possibles, puis nuancer selon les dispositifs et les groupes concernés.
Une bonne copie définit précisément les notions, distingue les types d’inégalités et mobilise des outils de mesure adaptés. Elle rapporte aussi des points quand elle relie justice sociale, redistribution, services collectifs et lutte contre les discriminations, sans réciter le cours hors sujet.
Professeure de lettres, responsable éditoriale
Claire Fontanel, professeure de lettres et responsable éditoriale, fixe une ligne simple : aider à lire, comprendre, rédiger, sans simplifier à l’excès. Ses textes couvrent le français, la philosophie et la mét...
Questions fréquentes
On nous demande souvent
c’est quoi une inégalité en ses ?
Une inégalité est une différence d’accès à une ressource socialement valorisée. Elle peut porter sur le revenu, le patrimoine, le diplôme, la santé, le pouvoir ou la reconnaissance sociale.
comment mesurer les inégalités ?
On utilise des indicateurs comme la médiane, les quantiles, le rapport interdécile, la courbe de Lorenz ou le coefficient de Gini. Le bon réflexe consiste à choisir l’outil selon ce que l’on veut comparer.
quels sont les moyens de justice sociale ?
L’action publique agit par la redistribution, les services collectifs, la protection sociale et la lutte contre les discriminations. Ces moyens cherchent à réduire certaines inégalités, mais ils peuvent rencontrer des limites économiques, sociales ou politiques.
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