SES · Première
Le marché et ses défaillances
On repère pourquoi le marché coordonne les échanges et pourquoi il échoue parfois. On sait expliquer externalités, biens communs et asymétries d’information avec des exemples précis.
- Définir le marché comme lieu de rencontre entre offre et demande.
- Expliquer la formation d’un prix et son rôle d’information.
- Distinguer les principales défaillances du marché : externalités, biens communs, asymétries d’information.
- Mobiliser un exemple pour montrer pourquoi une intervention collective peut être nécessaire.
Comprendre le marché avant d’étudier ses limites
Un marché est un lieu réel ou abstrait où se rencontrent une offre et une demande. Les vendeurs proposent un bien ou un service. Les acheteurs expriment une demande. Le prix résulte de cette rencontre, quand les conditions de concurrence permettent aux agents de réagir aux signaux du marché.
En SES, on étudie souvent le marché comme un mécanisme de coordination. Le prix transmet une information. Quand un bien devient plus rare ou plus demandé, son prix tend à augmenter. Cette hausse incite les producteurs à produire davantage et les consommateurs à réduire ou reporter certains achats. À l’inverse, une baisse du prix peut stimuler la demande et décourager une partie de l’offre.
Le marché peut donc permettre une allocation efficace des ressources. Mais cette efficacité repose sur des conditions fortes. Les agents doivent avoir accès à l’information. Les échanges doivent concerner des biens dont les coûts et les bénéfices sont bien pris en compte par ceux qui achètent et vendent. La concurrence doit être suffisante. Quand ces conditions ne sont pas respectées, le marché fonctionne mal. On parle alors de défaillances du marché.
Une défaillance du marché désigne une situation dans laquelle le marché ne permet pas, à lui seul, d’atteindre une allocation efficace des ressources. Elle ne signifie pas que le marché disparaît. Elle signifie que le résultat obtenu peut être inefficace, injuste, ou coûteux pour la société.
Les principales défaillances du marché
Les défaillances les plus étudiées en classe de Première concernent les externalités, les biens collectifs, les ressources communes, les asymétries d’information et les situations de pouvoir de marché. Chacune montre une limite précise du fonctionnement marchand.
| Défaillance | Définition | Exemple | Problème posé |
|---|---|---|---|
| Externalité | Effet d’une action sur un tiers, sans compensation monétaire | Pollution d’une usine | Le prix ne reflète pas tous les coûts |
| Bien collectif | Bien non excluable et non rival | Éclairage public | Risque de passager clandestin |
| Ressource commune | Bien non excluable mais rival | Poissons dans une zone de pêche | Risque de surexploitation |
| Asymétrie d’information | Information inégalement répartie entre les agents | Vendeur mieux informé que l’acheteur | Choix inefficaces, défiance |
| Pouvoir de marché | Capacité à influencer le prix ou les quantités | Entreprise dominante | Prix plus élevé, quantité plus faible |
Externalités positives et négatives
Une externalité négative existe lorsqu’un agent impose un coût à d’autres agents sans le payer. La pollution en est l’exemple classique. L’entreprise produit, vend et encaisse son chiffre d’affaires. Mais les habitants subissent une dégradation de l’air, du bruit ou des risques sanitaires. Ces coûts ne sont pas inclus dans le prix du produit.
Une externalité positive existe lorsqu’un agent procure un avantage à d’autres agents sans être rémunéré pour cet avantage. La vaccination peut protéger la personne vaccinée, mais aussi réduire la circulation d’une maladie. L’entretien d’un jardin peut améliorer le cadre de vie des voisins. Dans ces cas, le marché risque de produire une quantité trop faible du bien ou du service concerné, car tous les bénéfices sociaux ne sont pas pris en compte par celui qui décide.
Biens collectifs et ressources communes
Deux critères permettent de classer certains biens : la rivalité et l’exclusion. Un bien est rival si sa consommation par une personne réduit la quantité disponible pour les autres. Un bien est excluable si l’on peut empêcher quelqu’un d’y accéder.
- Bien privé : rival et excluable. Exemple : un sandwich acheté dans une boulangerie.
- Bien collectif : non rival et non excluable. Exemple : un phare, dont le signal peut guider plusieurs bateaux sans empêcher les autres d’en bénéficier.
- Ressource commune : rivalité mais exclusion difficile. Exemple : une ressource halieutique en accès libre.
- Bien de club : non rival jusqu’à un certain seuil, mais excluable. Exemple : une infrastructure accessible par abonnement.
Le bien collectif pose un problème de financement. Comme il est difficile d’exclure ceux qui ne paient pas, certains peuvent attendre que les autres financent le bien. C’est le comportement de passager clandestin. Le marché risque alors de ne pas produire le bien, ou de le produire en quantité insuffisante.
La ressource commune pose un autre problème. Chacun a intérêt à utiliser la ressource, mais si tous raisonnent ainsi, la ressource peut s’épuiser. Le marché ne garantit donc pas toujours une gestion durable.
Exemple traité pas à pas : une externalité négative
Prenons une entreprise qui produit des meubles. Elle vend chaque meuble 100 euros. Son coût privé de production est de 70 euros par meuble. Mais chaque meuble produit entraîne aussi une pollution estimée à 20 euros pour les habitants proches de l’usine. Ce coût n’est pas payé par l’entreprise si aucune règle ne l’y oblige.
- On calcule le gain privé de l’entreprise par meuble : 100 euros moins 70 euros égale 30 euros.
- On ajoute le coût externe supporté par la société : 20 euros.
- On calcule le coût social total : 70 euros plus 20 euros égale 90 euros.
- On calcule le gain net pour la société : 100 euros moins 90 euros égale 10 euros.
Dans cet exemple, la production reste socialement bénéfique tant que l’on regarde un meuble isolé : le gain social net est positif. Mais le raisonnement change si l’entreprise augmente fortement sa production et si la pollution devient plus grave. Le point central est ailleurs : sans prise en compte du coût externe, l’entreprise compare seulement le prix de vente et son coût privé. Elle ignore le dommage subi par les tiers.
Le prix de marché est donc trop faible par rapport au coût réel pour la société. Il encourage une production trop importante du bien polluant. Une intervention peut chercher à internaliser l’externalité, c’est-à-dire à faire entrer le coût externe dans le calcul de l’agent qui prend la décision.
Si une taxe de 20 euros par meuble est instaurée, le coût supporté par l’entreprise devient 70 euros plus 20 euros égale 90 euros. Son gain privé devient 100 euros moins 90 euros égale 10 euros. L’entreprise est alors incitée à réduire sa pollution, à changer sa technique de production ou à produire moins si certains meubles ne sont plus rentables.
Les réponses possibles aux défaillances du marché
Les pouvoirs publics peuvent corriger certaines défaillances. Ils ne suppriment pas forcément le marché. Ils peuvent l’encadrer, compléter son action ou modifier les incitations des agents.
Taxes, subventions et réglementations
Face à une externalité négative, une taxe peut rapprocher le coût privé du coût social. Elle rend l’activité polluante plus coûteuse et pousse les agents à modifier leurs choix. Une réglementation peut aussi imposer une norme : limitation d’émissions, interdiction d’un produit dangereux, obligation d’installer un équipement moins polluant.
Face à une externalité positive, une subvention peut encourager la production ou la consommation. L’objectif est d’augmenter une activité utile à la société, mais insuffisamment développée si chacun ne tient compte que de son intérêt privé.
Production publique et financement collectif
Pour les biens collectifs, l’État ou les collectivités peuvent organiser la production et le financement par l’impôt. Ce financement collectif permet d’éviter que le bien ne soit pas produit faute de clients prêts à payer individuellement.
Pour les ressources communes, plusieurs solutions existent : quotas, règles d’accès, surveillance, sanctions, droits d’usage. Le but est de limiter la surexploitation et de préserver la ressource dans le temps.
Information et contrôle de la concurrence
Face aux asymétries d’information, les pouvoirs publics peuvent imposer des obligations d’information, des contrôles, des labels publics ou des sanctions contre les pratiques trompeuses. Le but est de réduire l’écart d’information entre acheteur et vendeur.
Face au pouvoir de marché, des autorités peuvent surveiller les comportements anticoncurrentiels. Une entreprise dominante peut être tentée de limiter la production, de fixer des prix élevés ou d’empêcher l’entrée de concurrents. L’encadrement de la concurrence vise à protéger le fonctionnement du marché, pas seulement les consommateurs.
Notions à maîtriser et confusions à éviter
Il faut distinguer coût privé et coût social. Le coût privé est supporté directement par l’agent qui produit ou consomme. Le coût social inclut le coût privé et les coûts imposés aux autres. De même, le bénéfice social peut dépasser le bénéfice privé lorsqu’une action crée des effets positifs pour des tiers.
Il faut aussi éviter de confondre bien collectif et bien gratuit. Un bien collectif peut avoir un coût de production élevé. Ce qui compte, ce sont les critères de rivalité et d’exclusion, non le prix payé directement par l’usager.
Enfin, toute intervention publique n’est pas automatiquement efficace. Une taxe mal calibrée, une règle mal contrôlée ou une information trop complexe peuvent limiter les effets attendus. En SES, on n’oppose pas mécaniquement marché et État. On analyse le problème, puis on cherche l’instrument le plus adapté.
Phrase utile à retenir : une défaillance du marché apparaît lorsque les décisions individuelles, guidées par les prix, ne conduisent pas à une allocation efficace des ressources pour l’ensemble de la société.
Méthode à appliquer le jour de l’évaluation
Commencer par identifier le type de défaillance. Chercher les indices dans le sujet : pollution, bénéfice pour des tiers, information cachée, ressource surexploitée, accès impossible à faire payer, entreprise dominante.
Définir ensuite la notion avec précision. Une bonne réponse ne se contente pas d’un exemple. Elle donne le mécanisme : pourquoi le marché ne suffit-il pas ? Quel prix est faussé ? Quelle information manque ? Quel agent ne supporte pas le coût réel de sa décision ?
Appliquer une démarche simple :
- Nommer la défaillance.
- Définir la notion.
- Montrer le mécanisme économique.
- Illustrer avec un exemple précis.
- Présenter une solution possible et sa logique.
Pour un document chiffré, lire d’abord les unités et le sens des données. Ne pas empiler les chiffres. Sélectionner ceux qui prouvent une idée. Si un calcul est utile, l’écrire clairement : différence, addition des coûts, comparaison entre coût privé et coût social.
Dans une réponse rédigée, utiliser des connecteurs sobres : donc, ainsi, cependant, par conséquent. Éviter les jugements vagues comme « le marché est mauvais » ou « l’État règle tout ». On attend une analyse. Le bon réflexe consiste à expliquer pourquoi l’incitation individuelle produit un résultat collectif insuffisant.
Claire Fontanel
- Le piège : confondre marché et magasin, puis l’éviter en parlant d’un mécanisme d’échange entre offreurs et demandeurs.
- Le piège : croire qu’une externalité est toujours négative, puis l’éviter en opposant pollution et vaccination, ou formation.
- Le piège : mélanger bien collectif et bien commun, puis l’éviter avec les critères de rivalité et d’exclusion.
- Le piège : citer l’asymétrie d’information sans expliquer le déséquilibre, puis l’éviter en montrant qui sait quoi et quelles conséquences cela produit.
Ce qui rapporte des points, c’est une définition nette, un mécanisme causal et un exemple bien relié au chapitre. Une réponse solide montre en quoi le marché peut être efficace, puis pourquoi il peut produire une situation socialement indésirable.
Professeure de lettres, responsable éditoriale
Claire Fontanel, professeure de lettres et responsable éditoriale, fixe une ligne simple : aider à lire, comprendre, rédiger, sans simplifier à l’excès. Ses textes couvrent le français, la philosophie et la mét...
Questions fréquentes
On nous demande souvent
C’est quoi une défaillance du marché ?
Une défaillance du marché apparaît quand le marché ne conduit pas seul à une allocation satisfaisante des ressources. Le prix ne reflète alors pas tous les coûts, tous les bénéfices ou toutes les informations utiles.
Externalité positive ou négative ?
Une externalité existe quand l’action d’un agent a un effet sur un autre sans compensation par le prix. Elle est positive si elle apporte un avantage, négative si elle impose un coût.
Bien commun et bien collectif, différence ?
Un bien commun est difficile à exclure mais rival : son usage par certains réduit l’usage possible par d’autres. Un bien collectif est difficile à exclure et non rival, ce qui complique son financement par le marché.
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